Philippe Geluck ou l'art du gag

Mis à jour : avr. 21


Philippe Geluck, le dessinateur du Chat, est toujours en forme et d'humeur constante. Chaque année, il sort un nouvel album et 2019 ne déroge pas à la règle. Cette fois, il nous présente "La Rumba du Chat" et nous parle d’une exposition de statues monumentales de son célèbre animal de compagnie sur les Champs-Elysées.



Bonjour Philippe Geluck ! 45 ans de carrière et des millions de fans. Vous êtes un monument national en Belgique...


Un monument national... Vous croyez que je pourrais être classé ?


Incontestablement !


Mais il faut faire attention. Au bout d'un moment, les monuments se dégradent et ils doivent être restaurer. (Rires)


Vous revenez avec un 22e album qui s’appelle “La Rumba du Chat”, comment trouvez-vous de nouvelles idées ? Avec toutes ces répliques qui deviendront sûrement cultes !


Je vais vous le dire... Je n’en sais rien !



Vous avez quand même un cerveau différent du commun des mortels. 


Sans doute, mais on ne saura pas comment il est fait avant l'autopsie. Les idées viennent, je les accepte. Et je me dis toujours "Quelle chance pour un artiste de continuer à être inspiré."


Qu'est-ce qui vous inspire donc ? Le quotidien, les rencontres ?


Tout et n'importe quoi. Hier j'étais à Paris et j'ai pris le métro. Je croise un type avec une trompette, assis avec une casquette posée au sol pour demander de l'argent... Mais il ne jouait pas. Je lui donne 1 euro malgré tout et il était content. Je me suis dit que je pourrais en faire un gag. Le Chat assis dans le métro qui dit : "Payez-moi si vous voulez que j'arrête de  jouer."


Autre exemple, en lisant le journal, je vois le titre "Un million d'espèces menacées". Je dessine le chat qui ajoute "Un million d'espèces menacées par une espèce de con."

Avez-vous toujours un calepin sur vous ? Peut-être même sur votre table de nuit ?


Oui, il m’est arrivé de me réveiller la nuit en riant... Et de réveiller également ma femme qui se demande pourquoi je ris. Dans ce cas, je note l’idée dans mon calepin !


Vous êtes marié depuis très longtemps, votre femme est votre premier public : est-ce que vous la faites toujours rire ?


Honnêtement, tous les matins, je cherche et je trouve des conneries pour la faire rire. Heureusement, elle est très cliente de mes blagues. C’est ce qui la séduite en 1976 ! Malgré mon physique de séducteur latino, il fallait que je trouve une femme sensible à mon humour. Et je dois la surprendre. Mon épouse a une excellente mémoire donc je ne peux pas lui ressortir un gag que j'ai inventé deux semaines auparavant. Elle me pousse à me renouveler continuellement. Sur cette impulsion, je descends à l’atelier pour dessiner et je continue à créer.


"Le Chat est inclassable, iconoclaste, insolent."


Le Chat change-t-il dans ce numéro ? Vieillit-il comme nous ?


Oui, il change. D'ailleurs, il s'est un peu épaissi. Je dirais qu'il se "précise" mais il reste un gamin dans sa tête, comme moi. Le Chat est inclassable, iconoclaste, insolent. Et il se permet de parler de tous les sujets, sans aucun tabou. À travers ses 36 ans d'existence, je me suis construit ma liberté de penser et de m'exprimer.



Nous allons bientôt pouvoir l'admirer dans l’espace public...


Oui, un lieu réputé pour être la plus belle avenue du monde... À partir d'avril jusque mi-juin 2020 - l'inauguration a lieu le 9 Avril - j'installe vingt chats monumentaux en bronze sur les Champs-Elysées ! Je suis le second artiste, après Fernando Botero en 1992, à exposer des sculptures sur cette avenue. C'est juste hallucinant ! Même si le projet s’est développé de manière assez simple. J’ai eu l’idée, puis lancé la production des bronzes et enfin j’ai demandé un rendez-vous avec la maire de Paris, Anne Hidalgo. Lorsqu’elle est venue me chercher dans la salle d’attente, avant même de me saluer, elle a commencé par dire “On le fait.” Je me suis pincé pour y croire. 


Comment s'est déroulée la fabrication de ces sculptures ?


Je travaille depuis plusieurs années à cette discipline, en collaboration avec le sculpteur François Deboucq. Je réalise les modèles, d'une hauteur de 50-60cm - que j'expose chaque année à la Brafa Art Fair de Bruxelles - et il fabrique les bronzes. Je donne l'idée, le mouvement, l'expression à la statue et François réalise toutes les finitions. Elles pèsent véritablement une tonne et font deux mètres de haut.  


Vous êtes un touche-à-tout.


Je ne sais pas si je suis un touche-à-tout mais tout me touche.


Vous avez au moins plusieurs cordes à votre arc. Y-a-t'il d’autres projets pour vous challenger ?


Lorsque l’on parle d’avoir plusieurs cordes à son arc, cela fait une harpe. (Rires)


Alors de la musique peut-être ?!


J'ai appris la clarinette mais je ne suis pas du tout musicien. Mon fils, Antoine Chance, oui. Il mène des projets fabuleux. Ce que je n'ai pas pu assumer dans le domaine artistique se réalise avec la génération suivante.



Comme autre projet d'envergure, un musée Geluck doit ouvrir à Bruxelles, il me semble...


Je pensais d'abord construire une pyramide pour y placer mon sarcophage mais j'ai eu quelques problèmes avec l'urbanisme. (Rires) Il s'appellera "le Musée du Chat et du Dessin d'humour" et sera partagé avec tous les grands dessinateurs-humoristes que j'aime. L'ouverture est prévue pour 2023 et la tournée des chats de bronze arrivera au même moment à Bruxelles. Lors de l'inauguration, je voudrais les présenter dans le Parc Royal qui fait face au musée.  


Propos recueillis avec Sandrine Corman pour l'émission "Good News" produite par Thomas Horman


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